C’est une opération tous azimuts qui a démarré il y a quelques jours maintenant. Il y a dix jours, l’ONG BarakaCity était violemment perquisitionnée et son fondateur, Idriss Sihamedi, placé en garde-à-vue. D’autres ONG, mosquées et imams ont reçu la visite de la police dans les jours qui ont suivi. Depuis la décapitation d’un enseignant, le ministre de l’Intérieur veut envoyer un message fort. Quitte à viser la communauté musulmane au sens large. Darmanin a en effet annoncé que des « dizaines d’individus » visés par les différentes opérations n’ont pas un « lien forcément avec l’enquête » sur la décapitation.

Depuis, le conseil des ministres a prononcé la dissolution de plusieurs associations, comme celle du collectif pro-palestinien Cheikh Yassine, qui est « depuis bien longtemps, le faux nez d’une idéologie antirépublicaine qui diffuse la haine », a indiqué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Dans le viseur des autorités également, la mosquée de Pantin. Ou encore BarakaCity, donc.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a en effet officiellement engagé une procédure de dissolution visant l’ONG humanitaire. Au moment où Idriss Sihamedi recevait le courrier notifiant cette décision, et alors qu’il n’avait que quelques heures pour préparer sa défense, le fondateur de l’ONG a été placé en garde-à-vue pour cyberharcèlement.

« Le contexte de cette procédure, son timing millimétré et le délai de 5 jours imparti pour répondre aux observations sur la dissolution de BarakaCity n’est pas anodin », a réagi l’avocat d’Idriss Sihamedi, Me Samym Bolaky, qui dénonce un « climat politique ».

Mais que reproche Darmanin à BarakaCity ? Des « messages publiés en ligne depuis les comptes de l’association » ou ceux d’Idriss Sihamedi qui « provoquent de très nombreux commentaires hostiles à l’Occident, à la laïcité, aux francs-maçons ou encore aux musulmans qui ne partagent pas la conception de l’islam promue par l’association ».

Me William Bourdon et Vincent Brengarth, qui défendent l’ONG, ont déploré « l’indigence des motifs construits de toutes pièces par l’administration pour discréditer l’association ».