Après une interpellation tragique par des gendarmes il y a cinq ans, Adama Traoré était décédé. Depuis cette date, sa famille réclame justice, sans succès.

Ce samedi, une marche en la mémoire d’Adama Traoré est organisée par sa famille et son comité de soutien, à Beaumont-sur-Oise dans le Val-d’Oise. Le 19 juillet 2016, c’est dans cette ville francilienne que le jeune homme est devenu le symbole des violences policières. La police tentait alors de contrôler son frère aîné. Après le décès d’Adama Traoré, des manifestants ont réclamé que toute la lumière soit faite sur cette affaire. La justice a laissé trainer, parfois de façon volontaire. En août de la même année, l’avocat des proches d’Adama Traoré avait affirmé que plusieurs pièces manquaient au dossier d’instruction. Yassine Bouzrou déplorait alors un « vrai problème judiciaire » et pointait un « dysfonctionnement » de la justice. La lenteur de l’enquête semble lui avoir donné raison.

Car cinq ans plus tard, l’instruction est toujours en cours, après avoir été dépaysée à Paris. Les deux parties sont en désaccord concernant les conclusions des expertises médicales : les gendarmes ont toujours mis en avant de possible antécédents médicaux d’Adama Traoré qui seraient à l’origine de sa mort. Mais la famille affirme depuis toujours que ce sont les violences des forces de l’ordre qui ont conduit au décès du jeune homme. A ce jour, les militaires mis en cause n’ont pas été mis en examen. La justice « doit maintenant mettre en examen les gendarmes qui ont écrasé Adama du poids de leurs corps il y a cinq ans, ces hommes qui l’ont laissé mourir, menotté sur le bitume de leur caserne il y a cinq ans », explique Assa Traoré, la sœur d’Adama.

Assa Traoré, figure de la lutte contre les violences policières

Celle-ci appelle à une marche, ce samedi 17 juillet, « pour la vérité et la justice, pour Adama ». Le slogan depuis cinq ans : la famille Traoré et les proches de la victime attendent aujourd’hui des réponses à leurs questions et de la transparence. Un an après le meurtre de George Floyd aux Etats-Unis et la naissance du mouvement Black Lives Matter, l’affaire Adama Traoré montre que la France n’est pas épargnée par les violences policières contre les Noirs. Ici, des artistes aussi se joignent à la cause, comme Youssoupha, Wejdene, Hatik ou Vegedream qui chanteront samedi pour soutenir la famille Traoré.

Depuis cinq ans, la famille Traoré est victime elle aussi d’un certain acharnement judiciaire. Parmi les épisodes marquants, on se souvient qu’Assa a été poursuivie en diffamation par trois gendarmes présents le jour de la mort de son frère. Alors interrogée par la presse, elle expliquait alors être « juste une sœur qui a perdu son frère et qui demande justice ». Dans une tribune publiée au milieu de l’année 2019, elle avait accusé les gendarmes avec des mots forts. « J’assume pleinement, à 1 000 % », disait-elle alors en mai dernier. Assa Traoré avait alors cité les gendarmes présents au moment de l’interpellation et les accusait d’avoir « tué » Adama « « en l’écrasant avec le poids de leurs corps », mais aussi d’avoir « refusé de le démenotter en affirmant qu’il simulait alors qu’il était en train de mourir ».