En 2017, Israël a lancé Act.IL, un réseau social qui permet aux utilisateurs de lancer des actions concertées contre BDS et en faveur d’Israël.

C’est un outil qui ne cache pas ses ambitions. Act.IL est, à première vue, une application communautaire comme les autres. Elle est censée réunir les Israéliens. Mais si, pas question de rencontres, de sorties ou d’échanges amicaux : Act.IL veut être une véritable arme de destruction massive. Sur le site de l’Institut Abba Eban pour la diplomatie internationale, qui sert de lance de rampement à l’application, les créateurs d’Act.IL écrivent que « les partisans d’Israël forment une communauté très unie qui a le pouvoir de changer le monde ».

Jusque là, difficile de blâmer les concepteurs de l’application. Pas plus que lorsque ces derniers disent qu’Act.IL peut également servir à « lutter contre l’antisémitisme ». Mais là où débute la mission plus obscure de l’application, c’est lorsqu’on apprend qu’Act.IL veut « influence positivement le récit concernant Israël ».

Mettre BDS en échec

Dans ses « principaux projets », on trouve notamment celui de mettre BDS « en échec ». Les créateurs d’Act.IL affirment que «​ l’organisation BDS utilisait les chats en direct pour diffuser de la propagande et endoctriner davantage ses membres ». Pour contrer le mouvement de boycott, « Act.IL a ouvert une chat-room « pour donner aux volontaires la possibilité de poser des questions aux dirigeants de BDS et les mettre en difficulté ». BDS aurait, selon Act.IL, mis fin aux discussions.

Lancée en juin 2017, l’application est donc une sorte de réseau social anti-BDS et pro-Israël, où les actions à réaliser sont diffusées à la communauté. Act.IL « fournit des missions quotidiennes simples qui incluent le signalement d’incitation à l’antisémitisme, la création et le partage de contenus, l’initiation et la signature de pétitions, la participation à des campagnes en ligne dédiées, etc. » Et avec plus de 26 000 militants dans 73 pays, « qui travaillent 24 heures sur 24 », c’est en quelque sorte une usine à trolls qui a été créée.

Parmi les dernières cibles de l’appli, Ben and Jerry, dont l’arrêt des ventes de glaces en Israël fait beaucoup parler. Les utilisateurs ont également été invités à inonder les réseaux sociaux de compliments envers Lana Del Rey, qui accepte de chanter en Israël.

Le gouvernement et le Mossad derrière Acti.IL

En accomplissant des missions, les utilisateurs gagnent des points, déverrouillent des badges et leurs scores sont affichés dans un classement public. Un mélange entre militantisme et jeu de guerre où, bien évidemment, l’ennemi s’appelle BDS.

Un projet qui est loin d’être l’œuvre d’une petite start-up : Act.IL est un projet lancé conjointement par l’université israélienne privée IDC Herzliya et par l’Israeli Americain Council. Derrière Act.IL, officiellement, on retrouve de jeunes entrepreneurs, comme Tom Berman, Eden Eini ou Angelina Kazmaier. Mais en réalité, ce sont d’anciens officiers du renseignement qui sont en back-office de l’application, qui entretient de bonnes relations avec le Mossad, le mystérieux ministère israélien des Affaires stratégiques, dont l’unique mission est de combattre BDS.

BDS fait peur. Et Act.IL est l’une des armes d’Israël pour tenter de contrer l’influence du mouvement. Pour information, en 2017, année de création de l’application, le gouvernement israélien avait approuvé un plan de 72 millions de dollars pour lutter contre la campagne de boycott de BDS.