Après la condamnation d’un jeune trafiquant de 19 ans, la mairie de Nice a brandi le slogan : « Pas de logement social pour les ennemis de la République ».

La mairie de Nice a profité de la condamnation d’un trafiquant vivant dans un logement social pour lancer une politique d’expulsions. Elle compte déloger 72 familles. Après la condamnation, cet été, d’un jeune majeur de 19 ans à 20 mois de prison pour trafic de drogue, le maire de Nice et son adjoint, tous deux membres du parti LR, ont commencé une chasse aux pauvres.

Officiellement, il s’agit de l’application d’un jugement controversé qui permet à la mairie d’appliquer un pouvoir de discernement quant à l’attribution des logements sociaux. Officieusement, il s’agit simplement d’une opportunité pour la mairie de mettre en œuvre un programme « politique » consistant à chasser purement et simplement des familles, majoritairement composée de migrants, de leurs maisons.

Afin de mettre en vigueur son projet, le maire de Nice a fait appel à son premier adjoint, Anthony Borré, qui est aussi le gestionnaire des HLM en question. Borré est également le président de l’Office du bailleur social des Alpes-Maritimes, Côte d’Azur Habitat (CAH).

« Le tribunal a considéré que l’existence et la gravité des troubles ont été suffisamment rapportées pour caractériser le défaut de jouissance paisible des lieux loués que tout locataire, ou tout occupant de son chef, doit respecter », estime Borré.

Dégradations de boites aux lettres

Seulement voilà, le jugement sur lequel s’appuie Borré pour expulser 72 familles ne regarde que le jeune homme condamné et, étrangement, sa mère, qui a été expulsée bien qu’elle n’est pas directement considérée comme complice du crime de son fils.

A cette injustice s’ajoutent 72 procédures similaires, qui ne se basent sur aucune loi, mais uniquement sur la jurisprudence créée avec l’expulsion de la famille du jeune dealer. Le maire, Christian Estrosi, ne s’en cache pas, il est d’accord avec son adjoint pour attaquer les familles qui vivent dans l’immeuble.

« Nous lancerons d’autres procédures pour d’autres familles qui continuent de pourrir la vie des autres », affirmait-il, alors qu’il faisait expulser la mère du jeune homme de son foyer. Quant à son adjoint, il ne cherche pas à rénover les immeubles qu’il considère « dégradés », mais plutôt à remplacer les habitants actuels par d’autres, aux nuances plus claires sans doute.

« 22 000 demandeurs de logement sociaux sont actuellement en attente sur la métropole. Je souhaite montrer qu’un logement social, ça se mérite. Quand on a la chance d’en avoir un, la moindre des choses c’est de respecter les lois de la République », menace Anthony Borré.

Or, les actuelles 72 familles menacées collectivement d’expulsion n’ont rien à voir avec le crime du jeune condamné. Et, mise à part la haine de leur maire et de son adjoint, rien ne leur est reproché.

Enfin, si. Car Borré estime que « la dégradation des boites aux lettres » incombe forcément à ceux qui les utilisent. Quoi qu’il en soit, les deux responsables montrent une volonté inflexible de nuire aux familles concernées.