Ce dimanche, le président Erdoğan a été réélu, le candidat de l’opposition Kiliçdaroglu battu. Un camouflet pour les médias français qui n’ont cessé de mettre en avant ce dernier.

Il ne fallait que très peu connaître la situation politique en Turquie ou faire preuve de mauvaise foi pour penser que Kemal Kiliçdaroglu pouvait remporter la présidentielle. Pendant plusieurs semaines, des spécialistes autoproclamés de la Turquie se sont succédé sur les plateaux de télévision pour livrer des analyses d’une mauvaise foi assez étonnante.

Le match Erdoğan-Kiliçdaroglu a en réalité été plus âpre en France qu’en Turquie. Dans les rédactions des journaux parisiens, on opposait ainsi deux modèles de société pour la Turquie. Avec une question clé, par exemple posée par Le Grand continent : où ira la démocratie turque ? Sous-entendu : les électeurs turcs voteront-ils comme nous le souhaitons, nous, Français ?

Crédulité, incompétence ou manipulation ?

Car dans les urnes, les bulletins ont donné la victoire à Erdoğan. N’est-ce pas cela, la démocratie ? Le président sortant a été réélu sans que l’opposition ne puisse y trouver à redire. Kiliçdaroglu a admis avoir perdu et, si quelques fraudes ont pu être observées, c’est le cas dans toute élection et même le camp de Kiliçdaroglu ne compte pas contre-attaquer.

Alors qu’est-ce qui explique la mauvaise compréhension des médias français ? La haine aveugle d’Erdoğan est en partie responsable de cette mauvaise analyse globale, en France. La presse hexagonale a-t-elle vraiment cru les quelques sondages qui plaçaient Kemal Kiliçdaroglu vainqueur au premier tour étaient crédibles ? La possible élection de l’opposant n’était qu’un mirage, auquel la France a cru.

Avec un problème qui s’est posé : la haine du président sortant turc a mis Kiliçdaroglu sur un piédestal, le présentant comme l’homme idéal, là même où le candidat a cherché à s’allier avec l’extrême droite. Le 19 mai, Kemal Kiliçdaroglu a en effet rencontré Ümit Özdag, chef du Parti de la victoire, d’extrême droite, pour tenter de séduire son électorat.

La défaite du journalisme à la française

Une élection de Kiliçdaroglu aurait donc été terrible pour les réfugiés syriens par exemple, car le candidat a promis de renvoyer les demandeurs d’asile dans leur pays d’origine, s’il était élu. En échangé, il avait promis à Sinan Ogan, élu du Parti d’action nationaliste, la vice-présidence ou, au moins, un ministère important.

Pas de quoi écorner l’image de Kiliçdaroglu, pour la presse française, habituée à faire monter l’extrême droite en son propre pays. Mais suffisant pour se demander s’il faut encore, aujourd’hui, écouter ces éditorialistes et journalistes lorsqu’ils parlent de la géopolitique étrangère. Bien qu’il ait été élu dans les urnes, Erdoğan pourra toujours être affublé du sobriquet de « dictateur » par Le Point, qui vante la place des femmes en Érythrée ou qui a diffusé de faux SMS contre le couple Garrido-Corbière sans que cela ne pose des questions sur la crédibilité du magazine.

Ce dimanche, si Erdoğan a gagné en Turquie, chez nous, c’est la presse française qui a perdu… une occasion de se taire.