Ce tweet a été posté sur un compte sans abonnés et avec un portrait du roi Salmane d’Arabie saoudite en photo de profil.

La vidéo a été visionnée près de 300.000 fois depuis le 4 mai, ce qui suggère, selon des experts, qu’elle a été retweetée par des faux comptes, à l’approche du 3e anniversaire, vendredi, de l’annonce par l’Arabie saoudite et quatre de ses alliés arabes de la rupture des liens avec le Qatar.

Cet exemple de désinformation est la dernière manifestation de la dispute qui avait éclaté après un piratage apparent du site internet de l’agence de presse officielle du Qatar QNA en mai 2017.

A l’époque, QNA a diffusé des déclarations attribuées à l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, soutenant des groupes islamistes et critiquant le président américain Donald Trump. Doha s’est empressé de nier ces déclarations qui ont été reprises par les médias du Golfe et déclenché des attaques contre le Qatar.

Le hashtag « couper les liens avec le Qatar » s’est ensuite répandu sur Twitter.

Le 5 juin 2017, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Egypte ont rompu leurs liens diplomatiques avec le Qatar, l’accusant d’être trop proche de l’Iran, rival régional de Ryad, et de soutenir des islamistes radicaux, puis lui ont imposé un embargo terrestre, maritime et aérien.

– Impasse –

Malgré les démentis du Qatar et les signes de reprise des relations qui ont suivi -contacts diplomatiques et rétablissement de liens sportifs-, les efforts de réconciliation sont aujourd’hui dans l’impasse.

Ces dernières semaines, des comptes Twitter pro-saoudiens ont répandu des rumeurs sur des troubles au Qatar, selon une étude de l’AFP de centaines de tweets.

Ces campagnes ont été lancées à partir de l’Arabie Saoudite, selon des experts dont certains divergent sur le niveau d’implication de responsables saoudiens de haut rang.

Basé à Doha, l’universitaire Marc Owen Jones, qui étudie la désinformation anti-Qatar, accuse Ryad.

« Quiconque répand ce genre de nouvelle enfreint techniquement la loi saoudienne selon laquelle il est illégal de répandre des rumeurs (…) Pour échapper à la loi, il faut alors avoir l’approbation tacite du régime », a-t-il déclaré à l’AFP.

L’annonce en mai dernier d’un coup d’Etat a été suivie de tweets et d’informations de sources pro-saoudiennes affirmant que des dissidents défiaient ouvertement le régime de Doha. Cela s’est révélé faux.

« Les rumeurs sur les réseaux sociaux donnent l’illusion qu’il s’agit de campagnes montées de toutes pièces et ensuite reprises par les médias traditionnels », a dit l’expert.

– « Argument de poids » –

Pour M. Jones, de l’université Hamad ben Khalifa, la publication de déclarations attribuées à l’émir du Qatar « a donné un argument de poids pour déclencher la crise et faire du Qatar un transgresseur ».

Ses visualisations en trois dimensions de messages suspects et de comptes apparemment automatisés mettent en évidence, selon lui, l’ampleur de la campagne actuelle anti-Qatar sur Twitter.

Mais certains experts doutent du niveau d’implication de l’Arabie saoudite où le prince héritier Mohammed ben Salmane semble occupé à consolider son pouvoir.

« J’en conclus que quelqu’un de proche de Mohammed ben Salmane (…) s’est dit: « que dois-je faire aujourd’hui? je sais: je m’en prends au Qatar+ », a déclaré Michael Stephens, membre associé du groupe de réflexion du Royal United Services Institute.

David Patrikarakos, un expert des réseaux sociaux en situation de conflit, a souligné que l’Arabie saoudite « est en train de devenir un acteur important de la désinformation ».

« Compte tenu de leurs différends, il n’est pas surprenant de les voir intensifier la campagne de désinformation contre le Qatar », a-t-il dit à propos des Saoudiens.

Les autorités du Qatar restent prudentes, n’appelant pas encore publiquement à une action des géants des réseaux sociaux contre les auteurs présumés de ces campagnes.

« La première campagne de désinformation en 2017 était sans précédent et personne ne s’attendait à une campagne coordonnée de cette manière », a dit à l’AFP un responsable du bureau de communication du gouvernement du Qatar. « Mais maintenant, au Qatar et au niveau international, les gens ne prennent plus ce genre de campagne de désinformation au sérieux. »

De telles campagnes « nuisent à la réputation des gouvernements » qui les orchestrent, a-t-il souligné sans pour autant nommer aucun gouvernement.