Soixante ans après l'indépendance, la Tunisie est dans une situation critique. Le pays reste dépendant des institutions internationales et de la corruption.

Dimanche 20 mars, la Tunisie commémorait ses soixante ans d’indépendance. Six décennies après s’être libéré du joug français, où en est le pays ?  L’avis de notre chroniqueur…

Soixante ans après avoir pris son indépendance, la Tunisie est en proie à de nombreuses difficultés. Si le pays est sorti du protectorat par la violence en 1956, le pays s’est aujourd’hui allié à d’autres puissances avec lesquelles il est pieds et poings liés. A commencer par le Fonds monétaire international (FMI) : la Tunisie est allée quémander des aides internationales, qui lui seront affectées si elle répond à un cahier des charges que lui impose l’institution  financière – qui a déjà mis à genoux la Grèce – .

Lorsqu’il parle de la Tunisie dans Alternatives Economique, Christian Chavagneux décrit « un pays où le poids de la régulation étatique reste fort, la bureaucratie interventionniste, le commerce et les investissements étrangers contrôlés. » FMI et Banque mondiale tentent malgré tout d’imposer le libéralisme économique aux pays dans lesquels ils sont intervenus. Et la Tunisie n’y échappe pas. Seulement, les deux institutions financières n’imaginaient pas, en s’intéressant à la Tunisie, à quel point la classe politique de ce pays allait être en décalage total avec les urgences du pays.

Le pouvoir dans le « panik management »

Car pour les pouvoirs publics tunisiens, pas question de tenter de réformer le pays en profondeur. Celui-ci est miné par la petite corruption, mais surtout par des mafias familles qui ont largement remplacé le protectorat français par une « mafiocratie » qui lie étroitement des hommes d’affaires et des politiques. Du coup, le pouvoir exécutif –   qui est dans le « panik management » –  ne fait que de la reforme conjoncturelle, et non de la réforme structurelle. Pour cela, il faudrait de toute façon combattre la corruption. Or, personne à la tête de l’Etat ne le veut. Un obstacle de taille dans sa lutte contre le terrorisme.

Au-delà de la corruption, un véritable problème d’impunité gangrène ce pays. Jamais – et vu le niveau de corruption, c’est totalement inconcevable – un haut fonctionnaire n’a été trainé devant la justice. Pendant ce temps, la jeunesse du pays se meurt. La Tunisie d’aujourd’hui est un mélange entre une banlieue de Seine-Saint-Denis et la Corrèze. Un mélange entre une zone oubliée des dirigeants et une région abondonée  par les acteurs économiques. Quand, dans le sud tunisien, une maman veut acheter des produits de première nécessité, elle n’en trouve pas : ceux-ci ont été envoyés dans la Libye voisine qui rapporte nettement plus.

BCE affiche son népotisme sans complexe

Au niveau politique aussi, on nage en plein délire. La commémoration de l’indépendance, où l’on n’a pas aperçu une femme sur les photos de la fête, en est la preuve. Les Tunisiens ont élu un président qui devait moderniser le pays, débarrasser le pays de l’islamisme. On n’avait jamais eu président aussi rétrograde en Tunisie. D’autant qu’il s’est jeté dans les bras de Ghannouchi, le leader islamiste. Béji Caïd Essebsi affiche son népotisme sans complexe et a lancé un retour des hauts fonctionnaires pro-Ben Ali avec encore moins de complexe mais surtout avec une certaine arrogance. L’ascenseur social ? La jeunesse l’attend toujours.

On a beau vouloir, en Tunisie, se rassurer et faire de l’autosatisfaction comme il est d’usage, comme disait Confucius, « Celui qui ne sait pas qu’il marche dans l’obscurité ne verra jamais la lumière. » Alors, festoyer pour l’indépendance avec des invités à prédominance masculine et sans le moindre noir tunisien. Cela ne peut que réjouir un président qui a sacrifié son parti, son pays et ce qu’il était supposé porter comme idées pseudo-progressistes pour sa seule gloire et celle de son rejeton. La Tunisie est en état d’anomie, car que reste-t-il des repères et des normes qui régissent le bon fonctionnement d’une société ? Qu’en est-il du pacte social ? Car c’est de ça dont il s’agit aujourd’hui. Les problèmes de sécurité et d’économie tant discutés ne viennent-ils pas finalement après l’instauration indispensable d’un tel pacte ? On en est loin…

Karim Idrissy

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