Les Etats-Unis pourraient bien classer les exactions de Daesh contre les chrétiens, les Yézidies et les chiites comme un « génocide. » Une erreur au regard du droit international.

Les autorités américaines étudient la possibilité de qualifier de « génocide » les massacres commis par Daesh contre les chrétiens, les Yézidies et les chiites. Cette qualification serait une erreur…

Ce jeudi 17 mars, la Maison-Blanche s’est dite prête à soutenir une enquête pour qualifier de « génocide » contre les chrétiens, les Yézidies et les chiites les exactions commises par l’EI en Irak et en Syrie. Une décision qui, si elle était prise, pourrait être un non-sens. En effet, comme l’indique le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, l’expression « génocide » n’est pas adaptée, car elle « ne reflète pas la réalité. » « Les chrétiens ne sont pas les seules victimes de ces violences, il y en a beaucoup d’autres, à commencer par les musulmans », a-t-il ajouté.

Des sunnites (aussi) massacrés par Daesh

Il faut dire que ce n’est pas une guerre des mots qui opposent le patriarche aux Américains qui veulent qualifier les actes de l’organisation terroriste en génocide. L’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide définit le crime de génocide comme un acte « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. » Or, l’Etat islamique a, jusqu’à aujourd’hui, tué sans distinction de nationalité, d’ethnie, de race ou de religion.

Car si les chrétiens sont, selon la pensée commune, les principales victimes de Daesh, la réalité est bien plus complexe. Selon le Centre international pour l’étude de la radicalisation (ICSR), 80 % des personnes tuées par l’EI sont… des musulmans. Et l’on est bien loin d’une guerre binaire entre chiites et sunnites : en 2014, par exemple, Daesh avait exécuté plus de 300 membres de la tribu sunnite Albou Nimr dans la province irakienne d’Al-Anba. L’organisation djihadiste tue sans distinction. L’étude, par les Américains, d’un génocide reviendrait à reconnaître certains crimes plus que d’autres de la part de l’EI. Au moment où l’union est indispensable, hiérarchiser les souffrances serait un danger.

Yassine Bannani

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