Les politiques se sont lâchés sur Twitter après les attentats de Bruxelles, sans aucun respect ni pudeur envers les victimes des attaques.

Les politiques français, de droite comme de gauche, n’ont pas attendu que les corps des morts de Bruxelles refroidissent pour rappeler leurs convictions nauséabondes.

Il a été le premier à dégainer hier matin : le socialiste Bruno Le Roux a tweeté, à 9 heures — soit moins d’une heure après la double explosion dans l’aéroport de Bruxelles — un message à destination des sénateurs, qui s’apprêtaient à enterrer la déchéance de nationalité pour tous les Français. « Attentats terroristes et protection de notre pays, la droite sénatoriale qui bloque la révision constitutionnelle est irresponsable », écrivait le chef du groupe PS à l'Assemblée nationale qui, quelques heures plus tard, faisait un mea culpa aussi maladroit que son tweet…

Robert Ménard, le pro de l’amalgame

« Je regrette ce tweet que j'avais préparé hier soir pour le débat de cette après-midi au Sénat et qui est parti au moment où il y avait ces attentats. Et je regrette la confusion qui a pu être celle d'un tweet où je ne fais pas référence à Bruxelles, vous l'aurez noté », tente de se justifier un Bruno Le Roux visiblement pas si désolé que cela, puisque son tweet était encore publié sur son compte ce mercredi matin. Faute à moitié assumée est à moitié pardonnée ? Pas vraiment. Guillaume Balas, député européen du PS, lui a répondu : « Je suis bloqué à la gare du midi à Bruxelles, les Belges sont sidérés, alors vraiment, tais-toi! » Réponse de Le Roux : « Relaie bien aussi notre solidarité et compassion. » Le cynisme à l’état pur.

Bien entendu, Bruno Le Roux, s’il a été le plus prompt à faire de la récupération politique de l’événement tragique, n’a pas été le seul à souffler sur les cendres qui jonchaient, toute la journée durant, l’aéroport et le métro de Bruxelles. Du côté de l’extrême droite notamment, le sénateur-maire FN de Fréjus, David Rachline, en a profité pour demander : « Combien d'attentats faut-il pour qu'ils prennent les mesures nécessaires et urgentes, notamment arrêt de l'immigration et fin de Schengen ? » Robert Ménard, lui, s’est empressé de rappeler, à demi-mots, que les attentats avaient été commis au nom de l’Islam avant même qu’on ne le sache : « Peu de chance que ce soit l'oeuvre de militants néo-nazis », ironisait-il.

Wauquiez et Morano moins délicats que Trump

Même son de cloche du côté de Nadine Morano, qui estime que « 3 millions d'euros pour une campagne de com’ du gouvernement auraient été plus efficaces à la sécurité des Français. » La candidate à la primaire des Républicains parle évidemment de la campagne contre le racisme lancée par le gouvernement. Visiblement, une campagne qu’elle a jugé inutile pour un pays de race blanche… Le Morano mâle, Laurent Wauquiez, a de son côté demandé « à nouveau l'internement des individus fichés S et de ceux qui reviennent du djihad. » Oubliant très volontairement que cette proposition populiste impliquerait d’interner des militants altermondialistes et des opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, tous fichés S. Même Donald Trump a usé de plus de respect lors de cette terrible journée pour les Belges, alors qu’il estimait il y a peu que Bruxelles est une ville « où ils (les musulmans, ndlr) veulent imposer la charia. » C’est dire.

Le hashtag #StopIslam en tête des « Trending Topics »


Les dirigeants (et opposants) politiques ne mesurent pas la portée de leurs paroles. Lors de la journée d’hier, le hashtag #StopIslam est arrivé dans les tendances du jour. A minuit, cette nuit, près de 600 000 tweets comportant ce mot-dièse avaient été postés. Certes, une partie des tweets dénonçaient la popularité de cette campagne. Dans les jours à venir, les Belges musulmans seront certainement invités à descendre de la rue pour se désolidariser des terroristes. Comme un air de déjà-vu…

Pierre Z. Lajarge

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